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Quelle est la place de l’activité physique quand on est atteint d'un cancer de la prostate ?

Avec l’évolution de nos modes de vie, nous devenons de plus en plus sédentaires alors que les bénéfices de l’activité physique sont aujourd’hui bien démontrés. Facteur de bien être et d’amélioration de la qualité de vie, l’activité physique est également un facteur important dans la prévention de maladies comme l’ostéoporose, les maladies cardiovasculaires, l’obésité(1), le diabète de type 2 et la maladie d’Alzheimer(2) ainsi que dans la dépression ou l’anxiété(1). L’activité physique est un moyen d’être acteur de votre santé.

Vivre avec le cancer de la prostate

Qu'en est-il lorsque la maladie est déjà là ?

Déjà sportif ou peut être sédentaire à l’annonce de votre cancer de la prostate, il est légitime que vous vous posiez des questions sur la pratique d’une activité physique pendant votre maladie :

  • Dois-je continuer une activité physique ?
  • Cela ne va-t-il pas me fatiguer davantage ?
  • La pratique d’une activité physique ne va-t-elle pas altérer l’effet de mon traitement ?
  • N’ayant jamais fait de sport avant mon cancer, est ce bien raisonnable de commencer maintenant que je suis malade ?

Que recouvre le terme activité physique ?

L’activité physique se définit par tout mouvement corporel produit par la contraction des muscles squelettiques entraînant une augmentation de la dépense d’énergie(1).

L’activité physique au sens large inclut tous les mouvements effectués dans la vie quotidienne et ne se réduit pas à la seule pratique sportive. Elle intègre également l’activité physique pratiquée dans le cadre de la vie professionnelle et de la vie courante(1) :

  • activités ménagères
  • courses
  • jardinage
  • déplacements (marche à pied, vélo…)

Les principales caractéristiques d’une activité physique sont(1,2,3) :

  • l'intensité de la pratique
  • la durée des séances
  • la fréquence des séances
  • le contexte dans lequel elle est pratiquée
  • elle doit s’intégrer dans une notion de plaisir et de sécurité

L’intensité d’une activité physique donnée est calculée en MET/h (Equivalent métabolique/heure)(1) dont voici quelques exemples(3) :

  • 1 MET/h = dépense énergétique au repos
  • 3 MET/h = yoga, marche de 5km/h
  • 6 MET/h = natation de loisir, simulateur d’escalier
  • 10 MET/h = judo, karaté

Quelles sont les contre-indications à la pratique d’une activité physique ?

La pratique d’une activité physique doit être adaptée en fonction de vos possibilités, de vos désirs et de vos progrès(5).

Différents paramètres doivent être pris en compte : votre âge, la pratique d’une activité physique antérieure et l’évaluation de votre état de santé global c’est-à-dire votre état cardiovasculaire, la présence ou non de maladies associées (diabète, ostéoporose…)(4).

Un certain nombre de contre-indications existe, certaines sont absolues, d’autres sont relatives, elles peuvent être transitoires et nécessitent une adaptation de l’activité(4). Ces contre-indications seront évaluées par votre médecin traitant ou votre cancérologue.

Certains évènements nécessitent l’arrêt ou la modification du programme d’activité physique(4). Le risque de survenue de ces évènements nécessite une prise en charge par des éducateurs formés à la pratique sportive en oncologie(11).

Puis-je débuter ou continuer une activité physique pendant le traitement de ma maladie ?

Bien qu’il soit normal de se reposer lorsque l’on est fatigué, les recherches ont démontré que l’exercice physique aide à soulager la fatigue liée au cancer(9). En effet, la fatigue liée au cancer n’est pas toujours modifiée par le repos et peut perdurer longtemps(4,6).

Pendant et après les traitements, s’il n’y pas de contre-indication médicale à la pratique d’un sport et si vous vous en sentez la force, vous pouvez maintenir une activité physique(5).

L’activité physique est un complément thérapeutique face au cancer et peut être complètement intégrée dans votre parcours de soin. Pour que les effets soient bénéfiques, il est nécessaire de respecter les critères suivants(3,4) :

  • Intensité (l’activité physique doit être suffisamment intense pour enclencher les changements métaboliques)(3,4).
  • Durée (le bénéfice est majoritairement observé lorsque l’activité est pratiquée pendant un minimum de 6 mois)(3,4).
  • Fréquence (2 à 3 sessions par semaine)(3,4).

Il est nécessaire de discuter avec l’équipe soignante de la reprise d’une activité sportive, afin de vérifier que le sport envisagé est compatible avec la maladie et ses traitements(6).

Activité pendant un cancer de la prostate

Quels sont les bénéfices de l’activité physique ?

Les bénéfices de l’activité physique sont à la fois physiques et psychologiques(4).

Effet sur la survie

Chez des hommes atteints de cancer de la prostate localisé, plusieurs études ont montré que la pratique d’une activité physique régulière après le diagnostic est associée à une diminution du risque de mortalité(7,8).

Bénéfices physiques

Des études ont montré qu’une activité physique adaptée, d’intensité faible à modérée pendant et après le traitement améliore le sommeil et diminue la sensation de fatigue(1).

Une étude a montré que la pratique d’une activité physique après prostatectomie radicale réduit significativement le taux d’incontinence urinaire(10).

Le maintien de la force musculaire permet de limiter les douleurs osseuses et musculaires parfois provoquées par certains traitements(6). Enfin, la pratique d’une activité physique améliore la capacité cardiorespiratoire(6,11).

Bénéfices psychologiques

L’activité physique améliore la confiance en soi, l’image que vous avez de votre corps, procure du bien être(1) et a un effet positif sur le moral(6). Certaines études ont aussi montré des effets bénéfiques sur les états dépressifs(1,4) ou anxieux(4).

Effets sur votre vie sociale

En favorisant les relations avec les autres, une activité sportive peut contribuer à une vie familiale, sociale et professionnelle plus harmonieuse. Elle peut également vous permettre de maîtriser votre stress(6). Pratiquée en groupe, elle joue un rôle important dans la socialisation et réduit votre isolement en favorisant vos relations sociales(4).

Activité pendant un cancer de la prostate

Quels types d’activité physique puis-je pratiquer ?

Certaines associations, ou fédération comme la CAMI, peuvent vous accompagner dans la pratique d’une activité physique.

L’important est que l’activité choisie vous fasse envie, qu’elle soit adaptée à votre forme physique, à vos besoins et qu’elle soit réalisée en toute sécurité. Idéalement, faites travailler tous les muscles de votre corps et le bloc cardiorespiratoire(3,6).

Si vous n’avez pas accès à des structures adaptées vous pouvez pratiquer des exercices modérés, mais réguliers et quotidiens (une demi-heure par jour), comme la marche, la marche nordique, le vélo, des exercices de gymnastique…

Ces exercices diminuent le stress, la fatigue et stimulent l’appétit(6).

Si la pratique d’un sport n’est pas souhaitée ou impossible, d’autres activités physiques plus douces comme la relaxation, le yoga ou le taï-chi sont envisageables(5).

Un exemple de fédération : la CAMI Sport et Cancer(3)

La CAMI est la première fédération à développer et organiser l’accompagnement sportif en cancérologie.

Depuis plus de 15 ans, elle accompagne par la pratique physique et sportive des milliers de personnes touchées par un cancer.

La CAMI accompagne une grande diversité de patients, en traitement ou en rémission, de tous âges, sportifs ou non-sportifs, à des degrés d’énergie divers. Quels que soient le type de cancer, son évolution, les effets secondaires liés aux traitements et les autres antécédents de santé, la CAMI propose des cours collectifs adaptés. Elle a mis en place une procédure personnalisée qui prend en compte la situation de chaque patient (parcours, capacités, effets secondaires, besoins et souhaits) réalisée en concertation avec les médecins, les hôpitaux et les réseaux de cancérologie.

La CAMI a spécifiquement conçu une méthode de préparation du corps pour les patients atteints de cancer permettant de vous réapproprier votre corps. Ces exercices visent à vous renforcer musculairement, vous assouplir, vous donner du souffle et de l’endurance, vous aide à évacuer votre stress et à retrouver votre vitalité et le plaisir de bouger.

Où trouver la CAMI(3) ?

Elle dispose de plus de 55 lieux de cours dont 12 en milieu hospitalier répartis dans 21 départements.

Pour obtenir toutes les informations nécessaires sur la CAMI, consultez le site www.sportetcancer.com

Les conseils pour passer à l’action(3) !

1. Visualisez

Dressez la liste des avantages que vous retirerez de la pratique d’une activité physique. Trop souvent les bénéfices semblent loin dans le temps, considérez les récompenses immédiates de pratiquer dès maintenant une activité physique.

Par exemple : sentir un regain d’énergie, avoir l’impression de faire quelque chose de bon pour soi-même et pourquoi pas la fierté d’avoir un comportement à valeur d’exemple pour votre famille ou vos amis !

2. Informez-vous…

...sur les possibilités qui s’offrent à vous, sur ce qui correspond à votre mode de vie et est pratique pour vous. Parlez avec votre médecin et rencontrez les professionnels du sport de votre ville.

Si vous êtes en traitement ou en rémission, renseignez-vous sur les structures intervenant en cancérologie et respectant les critères de sécurité et d’encadrement.

3. Fixez-vous des objectifs

Si vous n’étiez pas sportif ou que vous reprenez une activité sportive, ne vous fixez pas des objectifs trop ambitieux qui risqueraient de vous décourager. Donnez-vous des objectifs progressifs et atteignables que vous augmenterez au fur et à mesure.

4. Organisez-vous

Inscrivez l’exercice dans votre emploi du temps et essayez de vous y tenir. Pratiquer une activité physique et sportive régulière, c’est vous autoriser à vous accorder régulièrement un temps pour prendre soin de vous.

Prévoyez des solutions de rechange si quelque chose vous empêchait de faire votre activité.

5. Obtenez de l’aide

Prévenez vos proches de votre nouvel emploi du temps et demandez leur soutien moral et leur aide pratique pour vous organiser.

6. Entretenez votre motivation

Trouvez des compagnons d’entraînement. Lorsque c’est possible, demandez à un ami de pratiquer avec vous : cela aide à maintenir la motivation. Encouragez votre entourage à franchir le pas également, savoir qu’eux aussi pratiquent un sport régulier est motivant.

7. Ne culpabilisez pas

Ne confondez pas écart et échec : si vous manquez une séance, ne culpabilisez pas et reprenez dès que possible. Si vous n’y parvenez pas, peut-être avez-vous été trop ambitieux, peut-être l’activité ne vous plaît-elle pas vraiment : ajustez.

8. Variez les activités

Si vous le pouvez, variez les activités dans la semaine pour que votre entraînement soit complet et qu’il porte sur la globalité du corps.

9. Amusez-vous !

Ne faites pas de l’exercice une contrainte supplémentaire. Votre objectif est d’améliorer votre condition physique et de prendre soin de votre santé, pas de devenir un athlète olympique. Donnez-vous la chance d’apprécier le plaisir de bouger : pensez à ce qui va rendre l’entraînement agréable (de la musique, par exemple).

Avant tout, faites une activité que vous aimez ! Donnez l’exemple en faisant preuve d’enthousiasme à propos de votre propre activité physique, mettez en place des habitudes positives, partagez des moments actifs en famille et entre amis.

10. Surveillez votre alimentation

Modifiez votre mode d’alimentation et essayer de contrôler votre poids.

Références bibliographiques

(1) Activité physique et cancers. Inca. Janvier 2012

(2) PNNS. Activité physique et santé. 2005

(3) Dr. Bouillet et Dr. Descotes CAMI Sport et cancer. L’activité physique et sportive pour lutter contre le cancer. 2014

(4) Bouillet et al. Role of physical activity and sport in oncology. Scientific commission of the National Federation Sport and Cancer (CAMI). Critical reviews in oncology/ hematology. 2015

(5) Vivre pendant et après un cancer. La ligue contre le cancer. Octobre 2007

(6) Fatigue et cancer. Guide SOR SAVOIR patient. Inca. Janvier 2005.

(7) Kenfield et al. Physical activity ans survival after prostate cancer diagnostic in the health professsionals follow-up study. J Clin Oncol. 29:726-732. 2011.

(8) Bonn et al. Physical activity and survival among men diagnosed with prostate cancer. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev; 24(1) January 2015

(9) Gérer la fatigue liée au cancer pour les personnes atteintes du cancer. Partenariat canadien contre le cancer. 2012

(10) Santa Mina et al. The effect of meeting physical activity guidelines for cancer survivors on quality of life following radical prostatectomy for protaste cancer.

(11) Onko+. Revue pluridisciplinaire en oncologie. Volume 6, n° 45, Mai 2014