11 octobre 2016
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3 min de lecture

Les bons gestes pour gérer les effets indésirables

 
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Les bons gestes pour atténuer les effets indésirables

Outre leurs conséquences sur la vie quotidienne, les effets indésirables peuvent entraîner la non-observance, appelée aussi non-adhérence, du patient à son traitement(1). Les raisons de les atténuer sont donc multiples. Des gestes simples, des habitudes du quotidien peuvent aider à lutter contre ces effets, parmi lesquels la fatigue, les troubles digestifs, cutanés, capillaires et de l’alimentation sont fréquemment rencontrés par les patients.  

 Des gestes simples, des habitudes du quotidien 
peuvent aider à lutter contre ces effets

Lutter contre la fatigue (2,3)

Constat

La fatigue est l’un des effets indésirables les plus fréquents du traitement du cancer. Elle peut être très forte. Or, malheureusement, le sommeil ne permet de l’atténuer que très partiellement.

Que faire ?

• Se faire plaisir et être organisé.
Il faut privilégier ce que l’on a envie de faire et y consacrer son énergie. Il est conseillé de se concentrer sur les activités essentielles et nécessaires, aller à son rythme et faire les choses quand on s’y sent apte sans (se) forcer. Ne pas hésiter à s’appuyer sur ses proches (voire sur des professionnels de l’aide à domicile) pour les tâches qui fatiguent.

• Se ménager des temps de repos
Mais pas n’importe comment. Il faut bien les doser et les prendre dans de bonnes conditions (siestes courtes, température d’environ 20°C, fauteuil en positon inclinée, lumière tamisée, absence de télévision dans la chambre…), tout en évitant de tomber dans l’excès. Il est essentiel, rappelle le Professeur Hervé Curé, responsable du pôle Cancer et Maladies du sang au CHU de Grenoble, de « conserver une bonne hygiène de vie. Même si l’on est fatigué, il faut se lever, être actif dans la journée et se coucher à des heures précises afin de conserver un rythme entre veille et sommeil. En effet, certains malades dorment la journée et pas la nuit et ne trouvent pas leur rythme. »

• Faire de l’exercice physique
Il ne s’agit bien sûr pas ici de rechercher la performance. Mais l’exercice physique s’avère paradoxalement bénéfique pour lutter contre la fatigue. Il permet à l’organisme de se réguler entre cycles d’effort et de récupération, d’entretenir la capacité d’oxygénation des muscles, lesquels s’atrophient nettement moins. Marche, vélo, gymnastique douce, natation mais aussi activité manuelle (jardinage) ou artistique sont recommandés.

 

Atténuer les troubles digestifs (4,5)

Constat

La chimiothérapie et la radiothérapie peuvent provoquer des troubles digestifs. Ils le sont aussi par l’anxiété et le stress lorsqu’ils sont trop importants, par exemple avant une séance de chimio.

Que faire ?

• Faire attention au rythme et aux conditions de ses repas. 
Plusieurs petites collations au cours de la journée sont préférables à deux repas plus conséquents. Cela sollicite moins la fonction digestive. Si les quantités ingérées doivent être légères, il est en revanche possible de manger avant et après une séance de traitement, sauf dans certains cas bien précis qui vous seront précisés par vos équipes médicales. Dans tous les cas, il faut prendre son temps et ne jamais s’alimenter à la hâte, debout, dans des postures qui malmènent l’estomac.

• Soigner son type d’alimentation. 
Opter pour des aliments froids ou tièdes qui sont moins odorants et donc moins écœurants. S’il faut se faire plaisir à table, il convient d’éviter les aliments indigestes et lourds, c’est-à-dire frits, gras et épicés. Les denrées pauvres en fibres (riz, pâtes, pommes vapeur, fromages à pâte cuite, carottes, biscottes) permettent d’éviter ou, du moins, de limiter d’éventuelles diarrhées. Inversement, celles riches en fibres (légumes verts, fruits, pain complet…) sont le meilleur moyen d’éviter la constipation. En tout état de cause, l’important est de conserver une alimentation saine et équilibrée qu’il convient de moduler en fonction de son état physique.

 • Ne pas boire n’importe quoi n’importe quand. 
Le conseil principal est de boire avant ou après un repas, mais éviter pendant le repas. En effet, deux textures différentes (solide et liquide, par exemple) dégluties en même temps peuvent notamment augmenter le risque de fausse route. A noter que les boissons gazeuses fraîches, en particulier celles contenant du cola, contribuent à réduire les nausées.

Lutter contre la perte d’appétit (6,7,8,9)

Constat

Il peut arriver, au cours du traitement, que l’appétit diminue, que la perception des goûts soit modifiée et/ou que l’alimentation devienne difficile. Il peut également fréquemment survenir des aphtes ou une mucite (inflammation buccale) qui peuvent gêner la prise des repas. Or il est nécessaire de conserver un bon état nutritionnel en cours de traitement.

Que faire ?

• S’alimenter… en bonne et agréable compagnie. 
Là encore, lorsque l’on n’a pas faim, il est recommandé de manger peu mais souvent, ce qui fait envie et le moins possible seul. Le partage agrémente en effet la prise du repas en offrant une distraction et en évitant de se focaliser sur l’aspect nutritionnel. Tout stress est banni à table. « Un repas doit rester un moment de détente et de convivialité », résume le Professeur Hervé Curé.

• Un palais au frais et sain. 
Avoir un mauvais goût plus ou moins permanent dans la bouche n’incite pas à s’alimenter. Pour y remédier, il est recommandé d’effectuer des bains de bouche (jamais à base d’alcool qui dessèche les muqueuses), de se laver les dents (avec une brosse souple) après chaque repas, voire de sucer des bonbons parfumés. Il faut également délaisser les aliments épicés et acides. Autant de précautions qui éviteront la survenue d’aphtes mais aussi d’irritations dans la bouche et/ou la gorge. Prenez également soin de vos lèvres en appliquant un lubrifiant gras composé de lanoline, de vaseline ou de beurre de cacao.

• Bannir le tabac et l'alcool. 
Outre sa nocivité, le tabac perturbe fortement la digestion et l’appétit. Alcool et tabac sont donc à réduire au maximum voire, dans l’idéal, à supprimer complétement.

 

Atténuer les troubles cutanés (10,11)

Constat

Certains médicaments de chimiothérapie peuvent entraîner des réactions de l’épiderme : rougeur, plaque, gonflement, cloques, dessèchement, tiraillement... Et ce, en particulier au niveau de la paume des mains et de la plante des pieds (syndrome main-pied). Les ongles sont également particulièrement exposés.

Que faire ?

• S’hydrater régulièrement et abondamment la peau. 
Utiliser des crèmes et utiliser des savons surgras pour la toilette.

• Réduire au maximum l’emploi de produits chimiques.  
Parfum, déodorant, lotion alcoolisée doivent être évités. On leur préfèrera des produits ayant un PH neutre et de composition la plus naturelle possible.

• Prendre soin de ses mains et de ses pieds. 
Ne pas hésiter à effectuer des manucures et des pédicures avant le début du traitement et, bien sûr, pendant pour en prévenir les effets délétères. 

• Choisir avec soin ses vêtements. 
Éviter au maximum les frottements cutanés et, pour cela, porter des vêtements larges ainsi que des chaussures souples et confortables. Les matières naturelles (coton, soie…) sont préférables au synthétique.

 Éviter la chaleur et le soleil. 
Ne pas exposer les mains et les pieds à des sources de chaleur (soleil, eau chaude) et ne pas utiliser des pansements adhésifs ni des bandages serrés. En cas d’exposition au soleil inévitable, la peau doit être protégée par une crème solaire d’indice adapté.

 Bien choisir son activité. 
Exclure ou, à défaut, limiter les activités qui impliquent des frottements répétés et intenses au niveau de mains (bricolage, ménage etc.) et des pieds (course à pied…).

•Protéger ses ongles. 
Les ongles se fragilisent, voire tombent. Pour ralentir leur dégradation, le port de gants et de chaussures confortables s’avère efficace. De même, est-il préférable de se couper les ongles et de les garder courts afin de les exposer le moins possible. On peut également les protéger en leur appliquant du vernis au silicium. Sans compter le port de chaussettes et de gants réfrigérants lors de séances de traitement, le froid ayant pour vertu d’enrayer quelque peu leur altération sous l’effet de la chimiothérapie. 

Les troubles capillaires (12,13,14)

Constat

Le traitement du cancer peut entraîner la chute des cheveux (alocépie) mais aussi, parfois, des cils, des sourcils et des poils pubiens.

Que faire ?

• Adapter sa coupe de cheveux. 
Anticiper en se faisant couper les cheveux avant le début du traitement. Cette mesure de précaution revêt un triple intérêt :
  -  optimiser l’efficacité du casque intégral réfrigérant qui peut être porté durant les séances de traitement afin de freiner la chute des cheveux ;  
  -  retarder la chute des cheveux.
  -  Se préparer psychologiquement à perdre ses cheveux progressivement grâce à cette étape transitoire.

• Prendre soi-même les choses en main. 
Tout est question de ressenti personnel mais faire le choix de se raser soi-même la tête ou de le faire faire par un proche peut être une manière de se montrer actif dans sa lutte contre la maladie. Néanmoins, un tel acte n’est pas forcément souhaitable et peut, in fine, s’avérer traumatisant. C’est, en tout cas, l’avis du Professeur Curé : « Il n'est pas nécessaire de s'infliger une telle épreuve car se raser complètement est un acte assez violent. Je suggère plutôt de faire réaliser chez son coiffeur habituel ou par un autre, si l’on souhaite préserver une stricte confidentialité, une belle coupe, de mi-long à courte, qui offre un aspect esthétique agréable pour l'image corporelle des femmes et donc rassurante. »

 Préserver son capital capillaire. 
Quelle que soit l’option choisie, éviter tous les traitements qui malmènent les cheveux et le cuir chevelu : permanente, décoloration et teinture, emploi de sèche-cheveux…

 Appliquer de la glace sur les yeux lors d’une séance de chimiothérapie. 
Cette technique joue le même rôle que le casque intégral réfrigérant pour les cheveux pour préserver les cils et les sourcils. La sensation de froid peut toutefois s’avérer douloureuse. Là encore, c’est à chacun de choisir ce qui lui paraît le moins inconfortable.

 

 

Références bibliographiques : 

(1) « Observance des traitements médicamenteux en France », Rapport de l’Académie nationale de pharmacie, décembre 2015
(2) Site de l’Institut national du cancer, www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Fatigue/Adapter-son-quotidien
(3) Cancer Research UK, http://www.cancerresearchuk.org/about-cancer/coping-with-cancer/coping-physically/fatigue/treating-cancer-fatigue
(4) Site de l’Institut national du cancer, http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Nausees-vomissements-diarrhees-et-problemes-de-bouche/Nausees-vomissements-diarrhees , http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-sein/Chimiotherapie/Effets-secondaires
(5) Site de la Ligue contre le cancer, https://www.ligue-cancer.net/article/7729_quelques-conseils-pour-vous-aider-au-cours-de-votre-traitement
(6) « Alimentation et cancer – Comment s’alimenter pendant les traitements », Ligue nationale contre le cancer, édition 2010
(7) Site de la Ligue contre le cancer, https:://www.ligue-cancer.net/article/7729_quelques-conseils-pour-vous-aider-au-cours-de-votre-traitement
(8) Site de l’Institut national du cancer, http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-sein/Chimiotherapie/Effets-secondaires
(9) Société américaine du Cancer, http://www.cancer.org/treatment/treatmentsandsideeffects/physicalsideeffects/dealingwithsymptomsathome/caring-for-the-patient-with-cancer-at-home-poor-appetite
(10) Site de l'Institut national du cancer : http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Prendre-soin-des-cheveux-et-de-la-peau/Problemes-de-peau
(11) Fondation Belge contre le cancer, http://www.cancer.be/les-cancers/effets-secondaires/attention-la-peau-irradi-e
(12) Site de l'Institut de l’Institut national du cancer, http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Prendre-soin-des-cheveux-et-de-la-peau/Coupe-de-cheveuxhttp://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Prendre-soin-des-cheveux-et-de-la-peau/Ecourter-la-chute, http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-sein/Chimiotherapie/Effets-secondaires
(13) Site de la Ligue nationale contre le cancer : https://www.ligue-cancer.net/article/7729_quelques-conseils-pour-vous-aider-au-cours-de-votre-traitement
(14) Société américaine du Cancer, http://www.cancer.org/treatment/treatmentsandsideeffects/physicalsideeffects/dealingwithsymptomsathome/caring-for-the-patient-with-cancer-at-home-hair-loss

 

Interview réalisé auprès du Professeur Hervé Curé, responsable du Pôle Cancer et Maladies du sang au CHU de Grenoble, professeur des Universités et praticien hospitalier le 08/07/2016.