7 mars 2016
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La pratique physique : Des bienfaits à tous les niveaux

 
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La pratique physique : Des bienfaits à tous les niveaux

Faire du sport alors que l’on se bat contre un cancer : tout sauf absurde. La pratique d’un sport est d’ailleurs reconnue comme faisant partie du traitement. Entretien avec Thierry Bouillet et Jean-Marc Descotes, cofondateurs de la Cami, la fédération Sport et Cancer.

La pratique physique agit sur tous les principes de la qualité de vie

Ensemble face au cancer : Peut-on faire du sport quand on souffre d’un cancer ? 

Thierry Bouillet : Oui, tout à fait. C’est même nécessaire. La pratique sportive est très bénéfique pour le patient. D’un point de vue purement physiologique, des études et des essais cliniques prouvent aujourd’hui que c’est le seul traitement valide de la fatigue. Elle agit sur tous les principes de la qualité de vie dont les troubles du sommeil, par exemple. Plus encore, on note moins de rechutes et de décès chez les patients qui pratiquent une activité physique. 

Jean-Marc Descotes : l’activité physique a vraiment sa place dans le parcours de soins aujourd’hui : elle est reconnue comme composante essentielle de la qualité de vie et est même recommandée. Nous sommes sortis du dogme du repos qui prévalait il y a encore une quinzaine d’années. Plus encore, n’importe qui peut pratiquer un sport, même si on n’était pas spécialement sportif avant la découverte de la maladie. 

 

En quoi cela aide-t-il les patients à mieux vivre avec leur cancer au quotidien ?

J-M. D. : la pratique d’une activité physique sportive améliore nettement la qualité de vie d’une personne atteinte d’un cancer. Elle repose sur un axe double. D’une part, cela permet de sortir du parcours de soins proprement dit et de ne pas être uniquement considéré comme un patient, dans ce moment-là du moins. D’autre part, cela permet de redonner au corps ses capacités physiques. On se rend compte, en effet, que le sport est capable de réenclencher des dynamiques permettant aux patients de reprendre la maîtrise de leur corps.

T. B. : Quand on souffre d’un cancer, il est difficile de gérer son corps et on a peur de ses capacités physiques. On perd toute confiance. La pratique d’une activité physique permet de se redécouvrir et d’apprendre à bouger de nouveau, de passer du survivre au vivre et de reprendre confiance. Le sport permet de communiquer de nouveau, de recréer des liens sociaux. Cela influe sur toute la vie sociale et facilite même le retour à la vie professionnelle.

 

Thierry Bouillet et Jean-Marc Descotes sont les cofondateurs de la Cami, la fédération Sport et Cancer.

Médecin spécialisé en oncologie et en radiothérapie, le Docteur Thierry Bouillet est cancérologue, notamment au Centre hospitalier universitaire (CHU) Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Passionné d’arts martiaux, il pratique le Karaté-do depuis plus de 20 ans.

Jean-Marc Descotes est un ancien sportif de haut-niveau. Il a développé la méthode pédagogique de la Cami, le Médiété®. Il dirige également le diplôme universitaire "Sport et cancer" et s’occupe du développement de la Fédération en France.

 

Peut-on pratiquer n’importe quel sport et comment le faire ?

J-M. D. : Oui, mais pas dans n’importe quelle condition ! Notre fédération propose aujourd’hui des activités physiques variées : danse, natation, vélo, course à pied, yoga, arts martiaux etc. Mais elles sont enseignées selon une méthodologique spécifique et en fonction des singularités de chacun. Cela demande une vraie connaissance de soi et de ce qui se passe dans son corps. Le but est d’enseigner la meilleure manière d’utiliser son corps en étant toujours recherche du geste juste. C’est pourquoi il faut être encadré : « une discipline ne vaut que par celui qui l’enseigne ».

T. B. : L’important est de pratiquer un sport dont la pratique procure du plaisir : les éducateurs médico-sportifs vont évaluer les besoins du patient sur le plan psychologie, physique et psychique afin de trouver ce qui va procurer du bonheur au patient, et ainsi participer à améliorer sa qualité de vie. Il y a néanmoins quelques précautions à prendre. Cela doit se faire dans des structures adaptées, avec des éducateurs formés expressément pour une pratique d’activité physique et sportive en oncologie. Pour que cela soit bénéfique, l’activité physique doit être pratiquée selon une intensité et une durée spécifiques, à savoir au moins 1 heure 3 fois par semaine pendant au moins 6 mois. Il faut commencer par un sport individuel : cela permet de redécouvrir son corps meurtri par le cancer en étant, dans un premier temps, protégé du regard des autres, et non dans une section sportive dite normale où on va se retrouver confronté à des gens qui bougent sans problème alors qu’on est soi-même en difficulté. On peut, dans un second temps, passer éventuellement à la pratique à deux. 

 

Précautions et conseils pratiques 

  • Commencer la pratique physique le plus tôt possible pour éviter le déconditionnement c’est-à-dire la perte de masse musculaire inéluctable quand on ne bouge plus ou plus assez. Cela augmentera par ailleurs l’efficacité du sport.
  • Choisir un sport dont la pratique procure du plaisir et dans lequel on se sent bien.
  • Ne pas se lancer seul : les éducateurs médico-sportifs qui encadrent la pratique sportive dans les centres agréés sont spécialement formés à la cancérologie au travers, par exemple, du diplôme universitaire (DU) Sport et Cancer de l’Université Paris 13. Ils vous guideront, vous apprendront les bons gestes et vous encourageront. Tous les renseignements sont disponibles auprès de la Cami :  www.sportetcancer.com

 

La pratique d’une activité physique augmente la qualité de vie et c’est scientifiquement prouvé ! 

« Quand on souffre d’un cancer, il y a une augmentation très rapide de la graisse intra-abdominale et une fonte des muscles. On consomme moins de glucose et, parallèlement, on produit beaucoup plus de cytokines. Produites en trop grande quantité, ces protéines empêchent la pénétration du glucose dans les muscles. Cela entraîne une hyper-insulinémie qui est un facteur de prolifération des cellules cancéreuses. Pratiquer une activité physique et sportive permet d’inverser ce mécanisme. » 
Thierry Bouillet

 

Témoignage – patient

Christian, retraité

« Je pratique l’aïkibudo. J’exerçais déjà cet art martial japonais quand j’étais plus jeune, puis j’ai arrêté pendant une vingtaine d’années avant de reprendre il y a huit ans. La pratique de ce sport m’a permis de rester en forme malgré mon cancer de la prostate. Je dirai même qu’elle vous oblige à rester en forme. C’est primordial. Je n’ai d’ailleurs pas choisi de pratiquer un art martial par hasard car, au-delà de la pratique purement sportive et physique, il y a tout un aspect philosophique. Il n’y a pas de compétition à part envers soi-même : on se recentre et on s’attache vraiment à l’essentiel. »