31 janvier 2019
-
3 min de lecture

Cancer de la prostate : une prise en charge personnalisée à l’hôpital Cochin

 
Voir le contenu
retour aux magazine

Cancer de la prostate : une prise en charge personnalisée à l’hôpital Cochin

En France, le cancer de la prostate est le plus fréquent chez les hommes et ce sont quelque 48 427 nouveaux cas qui sont découverts chaque année, dont la majeure partie chez les hommes de plus de 65 ans (34 060 nouveaux cas). Responsable de 8207 décès chaque année, ce cancer nécessite de fait une prise en charge particulièrement adaptée aux personnes âgées. C’est ce que fait le service oncologie de l’hôpital Cochin (AP-HP) à Paris depuis plusieurs années en proposant une prise en charge pluridisciplinaire pour les patients atteints d’un cancer. Les explications du Professeur Jérôme Alexandre, oncologue dans ce service. (1)

 

En quoi consiste la spécificité du parcours de soins mis en place dans le service oncologie de l’hôpital Cochin ?

Pr Jérôme Alexandre : « Depuis environ 4 ans, nous réalisons dans le service une évaluation pluridisciplinaire avant même l’initiation du traitement. Partant du constat que la prise en charge du patient doit être globale et qu’elle demande l’intervention de plusieurs professionnels, nous considérons que l’oncologie doit aujourd’hui être fondée sur la relation des professionnels avec le patient. A Cochin, ce sont donc ces derniers qui vont à la rencontre du patient, et non l’inverse, et ce de manière systématique dès l’arrivée dans le service. Ces rencontres donnent lieu à une réunion de concertation pluridisciplinaire où sont analysés et synthétisés les besoins, les risques et les conséquences pratiques de ce qui est proposé au patient en fonction de son âge, de son profil, d’éventuelles pathologies associées mais aussi de ses désirs. Tous les professionnels associés sont à égalité dans la discussion, ce qui permet un suivi vraiment personnalisé. En fonction de la thérapeutique utilisée, des dosages plasmatiques du médicament peuvent être réalisés qui vont aider à l’adapter à chaque patient»

 

Quels profils de patients sont concernés par ce parcours ?

Pr J. A. : « Nous traitons de nombreuses pathologies et appliquons ce système d’évaluation prétraitement pour tous les patients. Cela concerne spécialement des patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique, des personnes âgées vieillissantes donc. Notre objectif est d’améliorer leur espérance de vie tout en maintenant leur autonomie et leur qualité de vie. Ce parcours spécifique est particulièrement pertinent pour cette population fragile, très souvent polymédiquée avec des risques importants d’interactions médicamenteuses. Beaucoup présentent des troubles cognitifs que les traitements hormonaux ont tendance à accélérer : il est donc essentiel de mettre en place certaines mesures de support pour garantir une bonne observance. Parfois, l’analyse des bénéfices et des risques peuvent d’ailleurs conduire à renoncer à un traitement pour certains patients. »

 

Quels acteurs interviennent dans le parcours ?

Pr J. A. : « Le programme réunit tous les professionnels essentiels à une prise en charge complète : le cancérologue, bien sûr ; un gériatre, un cardiologue et/ou un diabétologue (pour les patients de plus de 70 ans et selon les comorbidités) ; mais aussi un psychologue, une diététicienne, une assistante sociale et une infirmière. Le pharmacien hospitalier est également systématiquement sollicité pour la conciliation médicamenteuse et l’évaluation des risques d’interactions, tant pour des traitements initiés par d’autres médecins que pour des médicaments à base de plantes ou des compléments alimentaires. En outre, un compte-rendu est transmis aux médecins de ville auxquels l’on peut suggérer des modifications de traitement. A noter que l’infirmière coordinatrice est la référente pour le patient lors de son parcours à l’hôpitalet après le retour à domicile. »

 

En pratique, comment cela se déroule-t-il ?

Pr J. A. : « Les patients concernés suivent un traitement en ambulatoire et viennent  donc en hôpital de jour puis rentrent chez eux. Au début, ils sont reçus en consultation tous les mois puis tous les trois mois. Après la consultation avec l’oncologue, ce dernier établit un programme d’évaluation pluridisciplinaire. Une rencontre est ensuite programmée afin que le patient rencontre au cours de la même matinée tous les professionnels. Ainsi, il n’a pas besoin de jongler avec une kyrielle de rendez-vous ni de se déplacer plusieurs fois. Bien sûr, nous veillons à ne pas l’inonder d’informations : l’objectif est vraiment d’évaluer l’état de santé global et de donner des pistes au patient. Puis, au fil du temps, nous mettons en place des données correctives en validant les dosages des médicaments pour adapter le traitement en fonction. Une fois encore, le but est de diminuer les toxicités et d’augmenter l’efficacité. »

 

Quel bilan dressez-vous aujourd’hui ?

Pr J. A. : « Près de 50 % des patients présentent des interactions potentielles. C’est énorme et cela prouve bien que la prise en charge doit être pluridisciplinaire. Notre impression à ce jour, même si elle est difficile à mesurer, est que les patients semblent présenter une meilleure qualité de vie et une meilleure observance : on constate moins d’arrêts du traitement en raison des effets indésirables, moins de décompensations et moins d’interactions avec certaines autres pathologies comme le diabète. »

 

Et demain ?

Pr J. A. : « De manière générale, concernant le cancer de la prostate et son traitement en France, il faut développer le travail sur les effets à long terme. En effet, le traitement est dispensé durant plusieurs mois et à des personnes âgées : il serait donc intéressant de faire un bilan annuel pour juger des effets cardio-vasculaires, sur l’ostéoporose etc.

 

Interview du Pr Jérôme Alexandre réalisé le 23 juillet 2018

Source : (1) « Les cancers en France », édition 2017, collection Les Données, Institut national du cancer, avril 2018. – p.8, 28

Tags